En France, le marché des boissons et des vins aromatisés a explosé: il a triplé en volume en 2012 et a encore doublé en 2013. Le rosé pamplemousse a particulièrement la cote à l’heure de l’apéritif, sans oublier le Blanc pêche ou le Rouge sucette… au cola!
Les viticulteurs se sont inspirés du calimocho – un mélange de vins et de sodas – très prisé en Espagne, lors des «botellón», rassemblements de jeunes sur la voie publique. La demande se fait forte en Chine et aux USA. En Suisse, d’audacieux commerciaux proposent des boissons importées, à base de vin, aromatisées au litchi ou au basilic frais et certains professionnels de la branche viticole reprochent aux lois en vigueur, trop contraignantes à leurs yeux, de les empêcher de tirer parti de ce nouvel engouement qui touche principalement les jeunes consommateurs. Il en ressort, à leurs yeux, une concurrence déloyale, les producteurs internationaux pouvant tirer avantage de réglementations bien moins contraignantes, comme, par exemple, une provenance régulée de manière moins pointue, des méthodes de vinifications à peine règlementées, le droit d’incorporer une part de raisin importés à ceux d’une appellation géographique «contrôlée» , ou d’ajouter de l’eau dans du vin trop alcoolisé, comme en Australie ou ailleurs. Ainsi, le vignoble suisse ne lutterait pas à armes égales, forcé qu’il est à se soumettre à des normes partiellement inutiles ou dépassées: on vise ainsi directement l’existence d’un CSCV (Contrôle suisse du commerce du vin), ignoré de l’UE, qui ne reconnaît que l’OIC (Organisme intercantonal de certification). Or, ce genre de débat, le consommateur n’en a cure, dès lors que le vin est abordable, de qualité et à son goût. Mais un vigneron, surtout vaudois ou valaisan, n’a aucune chance de se voir autoriser à commercialiser des vins aromatisés, épicés, au chocolat, ou à base de concentrés de fruits, alors qu’ils sont légalement disponibles sur le marché helvétique. Cet état de fait, que dénoncent certains vignerons, non sans quelque raison, les pénalisent, mais aussi les consommateurs soucieux ou désireux de gouter à des produits suisses de même nature. D’autres, partisans d’une régulation pointilleuse qui tire vers le haut un vin suisse qui ne pourra jamais régater avec les énormes productions des pays du nouveau monde, et lui préserver ainsi ses chances d’avenir à leurs yeux – Et ils n’ont pas tort non plus! –
La direction à prendre se situe sans doute dans un juste milieu: garantir que le vin présent dans les boissons aromatisées en vogue, et qui seraient produites en Suisse, provient bien du vignoble suisse et qu’il est de grande qualité, tenant ainsi compte des réalités de cette partie du marché à qui on semble promettre un avenir tout aussi lumineux que celui des grands AOC, dont il semble indubitablement hérétique à certains de prétendre édulcorer en quoi que ce soit la réglementation en vigueur. Et ils ont tout autant raison… Il reste à prouver que des vins suisses, au bénéfice de règles beaucoup moins contraignantes, pourraient soutenir la concurrence des produits en provenance de pays aux coûts de production bien inférieurs à celui du niveau suisse. Mais ça, chaque producteur ou marchand de vin a le droit de le croire du domaine du possible.
JF Ulysse
Photo: Les consommateurs aiment les vins édulcorés. / © DR